Communiqué de Sud éducation 95 concernant la fiche de remontée de signaux faible de l’Université de Cergy-Pontoise

Communiqué de Sud éducation 95 concernant la fiche de remontée de signaux faible de l’Université de Cergy-Pontoise

Lundi 14 octobre, l’Université de Cergy-Pontoise a diffusé à ses personnels un formulaire censé aider à la détection des « signaux faibles » de radicalisation. Une fois encore, la teneur du document ne laisse aucun doute sur les personnels et élèves visés : ceux de confession musulmane.

Dans ce document, on lit avec stupéfaction une liste de critères aussi peu fondés qu’arbitraires :

  • « ne participe plus à un groupe d’amis »
  • « absentéisme aux heures de prière »
  • « port d’une djellaba »
  • « port de pantalon dont les jambes s’arrêtent à mi-molets »
  • « apparition du port d’un voile »
  • « consommation récente de produits hallal »
  • « intérêt soudain pour l’actualité nationale et internationale »
  • etc.

Dans le mail diffusé en interne par le Directeur de la DHSE, par ailleurs « référent radicalisation », les agent-e-s sont ainsi incité-e-s à « signaler la menace le plus rapidement via la ligne d’urgence [ou un numéro de téléphone] ». Sûr de son zèle, le Directeur ajoute que : « signaler des événements qui pourraient avoir des conséquences graves est un acte de civisme. »

Depuis, le formulaire a été rendu public par un agent dont nous saluons la probité et l’Université s’est excusée par voie de communiqué. Pour Sud éducation 95, ce mea culpa n’excuse en rien la diffusion du formulaire et les justificatifs dérisoires de la fac nous inquiètent d’autant plus qu’ils semblent révéler chez son administration une insupportable minimisation des faits et une totale incompréhension des enjeux actuels autour de l’islamophobie et du racisme structurel. Ces excuses sont d’autant moins acceptables qu’elles visent à faire croire à une simple erreur alors que ce même document avait déjà été envoyé aux chefs de service le 18 mars 2019.

Dans le contexte actuel, Sud éducation 95 souhaite témoigner de la très forte inquiétude qui l’anime. Alors qu’en 2014, l’académie de Poitiers avait elle aussi fait circuler un document similaire et qu’elle avait dû faire marche arrière face à la polémique, nous constatons avec effarement une stigmatisation continue sur les personnes de confession musulmane ou supposée.

Ainsi, la confiance avec laquelle, dans un conseil régional, un élu RN humilie une mère voilée devant son enfant nous révulse.
L’assurance avec laquelle Jean-Michel Blanquer affirme suite à cela que le voile n’est pas souhaitable en France nous paraît relever d’une islamophobie décomplexée qu’on croyait réservée à l’extrême droite et à quelques fanatiques pseudo-républicains.
La lâcheté de tou.te.s les responsables politiques qui tentent de remettre sur la table l’interdiction du voile pour les accompagnatrices de sorties scolaires nous consterne tant cet acharnement relève du populisme crasse, constitutionnellement infondé et moralement intolérable.

Il va de soit que Sud éducation 95 combattra toutes ces initiatives racistes et sécuritaires et refusera le rôle de délateur/ices qu’on tente d’assigner aux personnels d’éducation.
Que tous ces apprentis sorciers soient également assurés que nous ne nous laisserons pas détourner de la lutte concernant les conditions de travail dans l’éducation et la réforme des retraites.
Agiter le chiffon de la radicalisation alors que les suicides et les agressions s’enchaînent et que les services publics sont attaqués de toutes parts, la ficelle est trop grosse…

Annexe :
Motion votée à l’unanimité par le CA de l’Université ce mardi 15 octobre

« Le conseil d’administration a pris connaissance avec émotion et stupeur du document transmis en interne censé prévenir la radicalisation. Par ce message l’établissement a commis une grave erreur. Le conseil d’administration prend acte de son retrait par la direction. Il réaffirme les valeurs d’ouverture et de tolérance de l’Université de Cergy-Pontoise. S’il revient à la direction de l’établissement de garantir la sécurité des personnes, étudiants et personnels, cela ne saurait en aucun cas donner lieu à l’organisation d’un système d’alerte discriminant ».

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