Rentrée: lettre ouverte à la Rectrice

Madame,

Nous tenons par la présente à vous alerter sur les conditions de travail des personnels de l’Éducation Nationale depuis la rentrée.

Nous vous rappelons que l’employeur est tenu par la loi de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salarié-e-s (article L. 4121-1 du Code du travail). Il ne s’agit pas simplement de réduire les risques, il s’agit de les empêcher. Dans ces conditions, nous déplorons le fait que les masques fournis par l’Education Nationale ne protègent pas efficacement les personnes qui les portent. Pour rappel, selon l’ARS de Bretagne, le port des masques en tissu par les enseignant-e-s est “une protection insuffisante envers les enfants” et les enseignant-e-s “seront donc considéré-e-s comme ‘contacts à risque’ si un enfant de leur classe est testé positif au Covid-19. De même l’ensemble des enfants d’une classe seront considérés comme contacts à risque si un personnel est testé positif.” Les seuls masques reconnus comme protecteurs par les agences de santé et par le Code du travail sont les masques FFP2, ce sont ces masques qu’il aurait fallu fournir aux enseignant-e-s.

Nous tenons également à dénoncer le protocole allégé qui nous a été communiqué la semaine dernière. La volonté de maintenir le plus de classes ouvertes au détriment de la santé des personnels et des élèves va à l’encontre du durcissement des mesures sanitaires exigées dans la rue. Alors que les salles de sport ferment, les cours d’EPS sont maintenus dans les écoles, alors que les bars et restaurants se voient imposer de nouvelles restrictions, la demi-pension est assurée dans les établissements scolaires, et alors que les rassemblements de plus de 10 personnes sont interdits, les élèves sont massé-e-s, parfois à plus de trente dans des salles exiguës. Le rôle de l’école n’est pas d’assurer la garde des enfants pour que les parents puissent travailler. Il est urgent de prendre des mesures pour assurer la sécurité de tou-te-s.

Nous voulons également vous alerter sur les conditions de travail des agent-e-s. La crise sanitaire vient encore dégrader une situation déjà problématique. Les agent-e-s sont trop peu nombreu-x-ses et ne sont pas remplacé-e-s en cas d’arrêt maladie ou de confinement. Dans de trop nombreux établissements un choix doit être fait entre la désinfection des locaux et le nettoyage des salles de classe. Parfois ce sont les enseignant-e-s ou le personnel de vie scolaire qui doivent s’assurer de la propreté des classes ou des réfectoires, cela ne fait pas partie de leurs missions. Il est impératif d’assurer à tous les personnels de bonnes conditions d’exercice de leur métier. Le rectorat et la direction des services départements de l’Education Nationale doivent faire pression sur les collectivités territoriales afin que soient recruté-e-s davantage d’agent-e-s, notamment pour assurer le remplacement des agent-e-s confiné-e-s ou en arrêt maladie et que ceux-ci bénéficient de matériel de qualité et en quantité suffisante pour pouvoir assurer leur mission tout en étant protégé-e-s.

Du point de vue pédagogique, l’accent a été mis en cette rentrée sur l’évaluation des élèves. Nous constatons que ces évaluations ont souvent pour finalité d’évaluer le travail des élèves pendant la période du confinement. Loin d’être des supports pédagogiques efficaces, ces évaluations se révèlent être des outils de contrôle du travail des enseignant-e-s pendant la période du confinement, en témoignent les mentions de cette période dans les évaluations de CP-CE1 et de 6ème. Les enseignant-e-s sont les plus à même d’évaluer les élèves et d’apporter des réponses individualisées aux problèmes qui se poseraient en début d’année. Mettre l’accent sur l’évaluation contribue à créer des situations de stress pour les enfants et ne permet pas d’installer un climat bienveillant dans les classes. Pour permettre de remédier efficacement aux difficultés des élèves, il faut impérativement réduire les effectifs dans les classes, ce qui permettrait en outre d’assurer une distanciation suffisante pour protéger les élèves et les professeur-e-s dans le contexte de la crise sanitaire. Si des moyens importants ont été alloués au dispositif « Devoirs faits » nous déplorons le fait que ne soit pas mise en place une réponse globale aux problèmes suscités par le confinement. Nous demandons la réduction des effectifs en classe et le recrutement d’enseignant-e-s pour permettre aux élèves d’étudier dans de bonnes conditions, comme cela a été fait dans certains pays.

Il est mensonger et dangereux de marteler que nous sommes prêt-e-s pour un éventuel re-confinement. Dans le premier degré, de nombreux établissements ne sont pas dotés d’espace numérique de travail. Pour éviter que parents et professeur-e-s aient à se déplacer dans les écoles pour assurer la continuité pédagogique, il est impératif de veiller à ce que chaque école soit dotée d’un ENT. Dans l’hypothèse d’un re-confinement, les professeur-e-s se verraient obligé-e-s d’utiliser leur propre matériel (ordinateur, téléphone portable, connexion internet etc.), or c’est à l’employeur d’assurer les bonnes conditions pour la mise en place du télétravail. Il est urgent de former et d’équiper les personnels de l’Éducation Nationale dans le contexte actuel d’augmentation des nouveaux cas de COVID 19.

Nous tenons enfin à vous alerter sur l’état de fatigue des enseignant-e-s à quelques semaines de la rentrée. Les classes sont surchargées, “bondées” selon le propre terme de M.Blanquer et le port du masque rend difficiles les situations d’enseignement. Il est impératif de prendre en considération l’épuisement des personnels. C’est à l’employeur d’assurer la santé des employé-e-s.

Il est urgent d’apporter des réponses concrètes à des problèmes qui dégradent considérablement les conditions d’exercice des personnels de l’Éducation Nationale.

Contrairement à ce qu’a pu affirmer le ministre de l’Éducation Nationale, cette rentrée n’est pas une rentrée normale qui s’est effectuée dans la joie. Il est urgent de prendre les mesures pour assurer la sécurité et la santé des personnels et pour leur permettre d’exercer dans de bonnes conditions, dans l’intérêt des personnels comme dans celui des élèves.

Veuillez croire, Madame la Rectrice, en notre attachement au service public d’éducation.