
Cette réunion de la F3SCT de la région académique IDF est l’occasion pour nous de dénoncer la dégradation des conditions de travail tant matérielles que psychologiques que nous subissons sur le terrain.
Pour commencer, sept mois après la mise en œuvre de la réforme du choc des savoirs, nous pensons qu’il est temps de tirer un premier bilan de cette réforme imposée contre la volonté des personnels.
Maintenu par entêtement, ce dispositif a rapidement confirmé l’absurdité de ses fondements ainsi que ses effets néfastes sur les conditions de travail des élèves et des personnels.
Les groupes classes sont éclatés et le travail d’équipe en pâtit, notamment en ce qui concerne le suivi des élèves. Ce travail collectif est pourtant un élément clé de la stabilité et de la progression dans les apprentissages.
Pour compenser, une fois encore, les personnels utilisent leurs temps de pause pour glaner des informations sur les élèves qu’ils ont à leur charge, et essayer de redonner de la cohérence à tout ça.
Dans les établissements où les groupes sont mouvants, le travail des enseignant·es est réduit à une suite de gestes techniques ne nécessitant aucune construction pédagogique sur le long terme. Pour parfaire le tableau, des refontes de groupes sont parfois imposées en cours d’année par les directions et ce contre l’avis des personnels. Tout ceci est donc une remise en cause frontale de l’autonomie pédagogique des enseignant·es. Nous évoquerons plus loin l’attractivité du métier, nul doute que ces éléments participent à la faire reculer.
S’il fallait tout de même trouver un point positif depuis le déploiement de cette réforme, on concéderait que lorsqu’elle est mal appliquée, les choses vont un peu mieux dans la classe : dans les groupes, hétérogènes et en faibles effectifs, le temps d’aide apporté à chaque élève augmente et les apprentissages en bénéficient.
Néanmoins, nous pensons que la réduction globale des effectifs de classe, revendication syndicale partagée par tou·tes, serait tout de même plus raisonnable que cette usine à gaz qui au passage renvoie à tou·tes les collègues de disciplines qui ne sont ni le français, ni les maths, que leurs enseignements sont secondaires. Les moyens accaparés par ces groupes sont par ailleurs disproportionnés alors que les effectifs de classes sont déjà bien trop élevés et que la constitution de groupes en langues ou en sciences est souvent un luxe que les établissements ne peuvent plus se payer.
Face à cette mise en œuvre sourde à toute critique du terrain et insensible aux conséquences en termes de tri social, in fine, c’est la lassitude qui prédomine chez les collègues.
Autre sujet de préoccupation qui mine le moral des personnels : le remplacement. La situation catastrophique dénoncée depuis longtemps par les organisations syndicales se montre de plus en plus palpable. Les récits de non remplacement, parfois sur le long terme, parfois suite à des départs à la retraite largement anticipable, sont devenus tristement ordinaires dans les écoles et établissements. L’attractivité de nos métiers est réduite à néant, et pour cause, tout le monde semble avoir pris conscience de la dégradation profonde des conditions de travail et l’absence de considération des différents ministères qui se succèdent depuis des années.
La réforme faisant passer le remboursement à 90 % du salaire lors des arrêts maladie est une insulte aux personnels qui pour beaucoup font souvent, par conscience professionnelle, le choix de se présenter malades au travail. Avec le jour de carence, cette mesure ne fera que renforcer les contaminations et entraînera des arrêts plus longs par la suite (lesquels ne seront souvent pas remplacés).
Plutôt que de prendre à bras-le-corps cette thématique du mal être et de la perte de sens pour les métiers des personnels, c’est aujourd’hui un climat de peur qui est renforcé par le président Macron et poussant le thème du réarmement civique. Nous réaffirmons avec force notre refus de faire de l’école un outil d’embrigadement militaire et nationaliste. Le fiasco du coûteux SNU doit ainsi être immédiatement stoppé.
Cette intrusion dans l’école de la logique du redressement s’illustre également par les nombreuses interventions policières devant les établissements scolaires. Ces contrôles et fouilles ciblent souvent des jeunes des quartiers populaires, parfois à répétition, laissant les élèves et les équipes dans un état de sidération et d’impuissance face à ces humiliations.
L’école doit être un lieu d’émancipation et de bien-être. Ces interventions donc doivent cesser immédiatement, les grilles des établissements ne sont pas des douanes gardées par la police.
Plutôt que de renforcer la logique policière, il nous semblerait en préalable plus utile d’écouter les revendications des collègues. Des alertes sont régulièrement lancées, ça a été le cas ce lundi au Lycée Georges Braque d’Argenteuil lorsque les collègues ont usé de leur droit de retrait suite à une menace de mort en direction d’un personnel. Ce droit doit leur être reconnu et leurs demandes entendues.
Enfin, nous terminerons cette déclaration par une pensée émue pour la famille et les collègues du professeur des écoles qui a mis fin à ses jours il y a une semaine à l’école Flammarion d’Eaubonne. Cette tragédie touche une école qui avait déjà subit le suicide de Jean Willot il y a plusieurs années. Nous ne l’avons pas oublié et elle fait écho aux trop nombreuses disparitions de collègues ces dernières années.
Nous demandons donc qu’une enquête détermine au plus vite les circonstances de ce drame et ses liens éventuels avec le travail.