Il n’y a pas de féminisme sans antiracisme tout comme il n’y a pas de féminisme sans antivalidisme, pas de féminisme sans les LGBTQIA+. Le racisme est présent dans toutes les franges de la société. Il s’appuie sur une hiérarchisation et une déshumanisation qui touchent les minorités, assignées à un rang social inférieur en raison de l’origine, de la couleur de peau, de la nationalité, de la religion (réelle ou supposée).
Le colonialisme est un fait historique qui s’appuie sur cette idéologie et continue d’alimenter discours et comportements racistes. Notre antiracisme est basé sur l’égalité : faire du syndicat un outil pour que les personnes concernées s’organisent par elles-mêmes. Le féminisme de SUD éducation est intersectionnel. Il s’oppose au fémonationalisme. Il revendique une solidarité internationale et antiraciste. Il fait résonner la sororité au niveau local, national et international, y compris en Palestine.
Un féminisme intersectionnel
Notre antiracisme est intersectionnel, il conjugue classe, genre, race. Les discriminations subies ne s’additionnent pas, elles s’imbriquent.
Les femmes racisées doivent faire face aux violences sexistes du patriarcat d’où qu’elles viennent, des blancs et des non blancs. Mais elles doivent faire face à des représentations et violences spécifiques, à la fois racistes et sexistes.
Un antiracisme intersectionnel ne peut passer par l’instrumentation ou la captation de la parole des personnes non blanches, femmes ou LGBTQIAA+. Il doit permettre l’auto-organisation des personnes concernées par les violences qu’ils et elles subissent.
Le combat est le même pour toutes les femmes, à savoir avoir accès aux mêmes droits et aux mêmes libertés sans aucun contrôle, aucun commentaire : chaque femme choisit son mode de vie, ses tenues vestimentaires. « Ne nous libérez pas, on s’en charge ! ».
Contre le fémonationalisme
Le concept de fémonationalisme désigne l’instrumentalisation de la question du féminisme et de l’émancipation des femmes à des fins racistes. Ce fémonationalisme se traduit par le fait de pointer les étrangers et les français racisés comme principaux responsables des violences sexistes et sexuelles, en particulier dans l’espace public, afin d’alimenter les stéréotypes racistes d’étranger, ce barbare en puissance responsable de toutes les violences, cette menace permanente contre l’ordre social et l’identité nationale.
Refuser de voir cela, c’est perdre d’avance la lutte contre l’oppression patriarcale. Laisser fleurir les discours racistes concernant les violences faites aux femmes, c’est être à la fois complice de l’oppression raciste (par la stigmatisation des personnes racisées) et de l’oppression sexiste (en protégeant la majorité des agresseurs, Blancs).
Le féminicide tue partout, même en occident
L’occident n’est pas un modèle. La France non plus : Les associations et les syndicats réclament toujours 3 milliards d’euros pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. La France ne peut se présenter comme un modèle tant que des femmes mourront sous les coups d’un conjoint, ex-conjoint, que des femmes subiront des viols et des agressions sexuelles et que les violeurs et agresseurs sexuels ne seront pas condamnés.
- Avec Trump, les 14 États qui interdisent l’IVG et les politiques racistes actuelles, les USA ne sont pas un modèle non plus.
- Dans le monde, en 2024, environ 50 000 femmes et filles ont été tuées par leur partenaire intime ou un membre de leur famille.
- Au Canada, en 1989, Marc Lépine tue 14 femmes à l’école polytechnique de Montréal au Québec. Il se suicide. C’est le premier attentat antiféministe ou “premier féminicide de masse revendiqué”
- Aux USA, en 2014, Elliot Rodger, un californien de 22 ans, tue 6 personnes et en blesse 14 autres, majoritairement des femmes.
- En France :
- une femme subit un viol ou une tentative de viol toutes les 2 min 30 ;
- 96% des agressions et des viols sont commis par des hommes ;
- 0,6 % des viols débouchent sur une condamnation ;
- Dans 91% des cas de violences sexuelles, les femmes connaissent les agresseurs ;
- 85 % des personnes trans sont agressées au cours de leur vie ;
- 80 % des femmes en situation de handicap ont été victimes de violences. ;
- 81,5 % des agressions islamophobes visent des femmes.
L’expression d’une sororité, solidarité, internationale et antiraciste
Certaines femmes blanches s’autoproclament comme étant des modèles à suivre ou seraient des guides pour l’émancipation de certaines femmes. Ces femmes utilisent souvent le terme universaliste. C’est un terme dévoyé, qui exclut les femmes non blanches, qui les invisibilise.
Toutes les femmes sans aucune distinction doivent disposer de leur corps comme bon leur semble. Elles décident de ce qui est le mieux pour elles : elles s’habillent comme elles le veulent sans subir aucune injonction sur le trop court ou trop long d’où qu’elles viennent.
Ces discours sont hérités du colonialisme : ces femmes pensent qu’elles ont une mission civilisationnelle, qu’elles sont là pour aider des femmes à s’émanciper. Elles imposent leur féminisme, leur vision unilatérale de l’émancipation. On veut faire à la place sans écouter ce que les femmes ont à dire sur leur propre condition. On s’érige en modèle. L’Europe n’est pas un modèle.
L’occident ne peut instrumentaliser les luttes pour les droits des femmes et contre les VSS pour affirmer sa supériorité sur certains peuples, continents et pour minimiser ou relativiser ses propres violences sexistes et sexuelles. Nous soutenons les femmes du monde entier à disposer de leurs corps, à se vêtir comme elles le souhaitent et à avoir les mêmes droits que les hommes sans oublier que nous avons nous-mêmes des luttes à mener en France, en Europe et en occident pour les droits des femmes.
Nous serons attentives à bien exprimer notre solidarité sans afficher notre supériorité et sans donner de leçons. Notre solidarité doit faire preuve de sororité.
Contre la loi de 2004
Au lieu de s’attaquer au patriarcat et de revendiquer le droit des femmes à disposer de leur corps, on leur impose un modèle. On réduit de manière grotesque l’émancipation d’une femme ou son absence d’émancipation au port ou non d’un foulard. Comme s’il suffisait d’enlever un vêtement pour avoir accès à la liberté et à l’égalité des droits.
Le corps des femmes musulmanes est une obsession française qui a pour origine la colonisation. En Algérie, on dévoilait des femmes durant la colonisation. On veut émanciper en interdisant aux femmes voilées de faire du sport, d’avoir des loisirs, d’aller à l’école et de se rendre au travail. À travers le port du foulard, il y a la question du contrôle du corps des femmes non blanches. On veut libérer une femme en l’enfermant chez elle. On cherche à déshabiller les femmes musulmanes en leur arrachant leur voile et on vote des lois pour faire disparaître ces femmes de tous les espaces publics. C’est ce que la loi de 2004 a permis.
SUD éducation est pour l’abrogation de la loi 2004 et de toutes les lois, circulaires racistes, sexistes et islamophobes. On peut retrouver les revendications de SUD éducation sur l’abrogation de la loi 2004 dans le texte de congrès sur la laïcité.
Solidarité avec les femmes palestiniennes
On compte plus de 70 000 morts directes du génocide, sans compter les victimes liées à la famine et au blocus. La colonisation et l’occupation militaire israélienne sont les premières violences subies par les femmes palestiniennes. 266 femmes palestiniennes ont été arrêtées par Israël en 2024, plus de 450 depuis le début du génocide. Le rapport du Palestinian Centre for Human Rights de novembre 2025, révèle de nombreux crimes : des Palestinien·nes violé·es par des groupes de soldats ou par des chiens, humilié·es et pris en photo, électrocuté·es. Une rapporteuse de l’ONU utilise le terme de « fémigénocide » pour qualifier ce qu’Israël fait : l’état génocidaire tue intentionnellement des femmes et des filles pour détruire la continuité du peuple palestinien.
Face au génocide, à la colonisation et à l’apartheid, SUD éducation soutient le peuple palestinien.
Agir collectivement, Agir Syndicalement
Utiliser les outils syndicaux à notre disposition et en développer des nouveaux :
- Sur notre lieu de travail et dans nos collectifs militants : être attentif·ive et répondre aux différentes situations de racisme, les interdire et les combattre avec trois impératifs : repérer et répondre aux micro-agressions racistes au quotidien, dénoncer les actes, les discours et les politiques racistes et agir collectivement pour leur barrer la route.
- soutenir les personnes concernées si iels le souhaitent ;
- utiliser le RSST ;
- rappeler la hiérarchie et l’institution à leurs obligations de lutte contre toutes les discriminations ;
- organiser, y compris en non-mixité, des stages, HMI ou RIS pour mettre en place des espaces de parole, des temps de réflexion collective et de création d’outils et pour développer une pédagogie antiraciste et s’appuyer sur nos expériences de luttes ;
- faire connaître les outils de pédagogie antiraciste existants, en construire de nouveaux ;
- mettre en place des formations, en particulier interprofessionnelles, pour clarifier et renforcer nos orientations unitaires sur l’antiracisme.
S’organiser face à la montée de l’extrême droite et aux dérives de l’idéologie néo-libérale autoritaire :
- au travail : ne pas laisser d’espace de parole aux syndicats d’extrême droite, à dénoncer auprès des collègues. Renforcer nos liens avec les associations de parents alliées ;
- sur les réseaux sociaux et dans les médias : mener le combat idéologique, politique et culturel en s’exprimant sur les questions d’antiracisme, d’antifascisme, d’antisexisme, d’antivalidisme et de laïcité ;
- ailleurs : coller contre l’extrême droite, former chacun·e à répondre aux différentes formes d’agressions, exclure les représentant·es d’extrême droite de nos initiatives. Travailler autour de VISA en intersyndicale. Partager notre expérience de l’entrisme de l’extrême droite dans l’éducation avec la société civile. Faire le lien entre les différents groupes antifascistes et le monde syndical.


- la revalorisation des salaires et des carrières pour les métiers féminisés ;
- l’abrogation des réformes des retraites de 2003 et 2023 qui pénalisent encore davantage les femmes, plus sujettes aux carrières hachées, aux temps partiels et aux bas salaires.
- l’abrogation de la loi de 2004.
Face aux VSST, SUD éducation revendique :
- l’application pleine et entière de la circulaire du 9 mars 2018 relative à la lutte contre les VSS dans la fonction publique et de la convention d’Istanbul ;
- de sanctionner les auteurs des violences sexistes et sexuelles, et d’accompagner et protéger les victimes
SUD éducation 95 mettra tout en œuvre pour réussir un 8 mars inclusif en faveur des droits de toutes les femmes, victimes de l’exploitation au travail. Contre toutes les formes de sexisme et pour un féminisme antiraciste.
SUD éducation 95 appelle à participer massivement à toutes les initiatives à l’occasion de la journée de luttes des femmes le 8 mars.