Pour les collèges et les lycées du 95, Pronote a désormais supplanté les ENT utilisés précédemment. Le logiciel s’est imposé comme modèle unique, dépassant son rôle d’outil pour devenir un chef d’établissement alternatif. Une fois couplé à une intelligence artificielle, personne ne sera surpris de voir Pronote siéger dans les instances.
Un outil obsolète techniquement
Pronote, logiciel propriétaire et payant, utilisé en complément d’Athéna ou de Mon Lycée ne constitue pas, pour ses usagers principaux, une alternative intéressante aux ENT qu’il a remplacé, surtout au vu de son prix. On note la disparition de certaines fonctionnalité ou leur baisse en qualité.
Par exemple, la messagerie Pronote ne permet pas aux élèves de s’en servir en dehors de l’établissement, pour chercher un stage par exemple. Iels ne peuvent pas non plus y apprendre à gérer les fonctionnalités réelles d’une adresse mail (boîte d’envoi, dossiers de mails, mails en copies et mise en page, l’utilisation des pièces jointes), comme iels pouvaient le faire sur leurs messageries associées à l’ENT. Pour les personnels, on peut évoquer le cahier de texte, qui, sans parler de l’esthétique digne des début du web, manque des fonctionnalités pourtant attendues de ce type de logiciel (pas de sauvegarde automatique, pas de possibilité d’écrire en HTML, pas de transparence sur la gestion des données une fois qu’elles sont dans le logiciel).
Un outil de surveillance
Il est évident que les personnes de l’établissement qui bénéficient des fonctionnalités de Pronote sont les chef-fes d’établissement. Avec Pronote,
iels
peuvent surveiller, en temps réel, les absences des élèves et des personnels. Pronote sert de pointeuse : en faisant l’appel, les enseignant-es témoignent de leur présence. En cas de grève, la vérification de la présence d’un personnel se fait en ligne : tant pis si les collègues n’ont pas encore fait l’appel au moment de la vérification, à elleux de contester leur constat de service non fait !
Victoire dans le Val d’Oise
Alors que certain-es chef-fes d’établissement zélé-es cherchaient, à l’automne 2025, un moyen de vérifier la présence des AESH dans les classe, iels ont pensé à Pronote : les enseignant-es n’auraient qu’à faire l’appel de leurs collègues AESH ! Tant pis si cela est infantilisant et humiliant.
Heureusement, grâce à l’action de Sud Éducation 95, le projet a été abandonné.
Iels peuvent aussi surveiller les délais dans lesquels les enseignants complètent leurs cahiers de texte, et la rédaction de leurs appréciations avant les conseils. Un véritable micromanagement s’installe, avec rappels à l’ordre oraux ou écrits des enseignant-es jugés trop lent-es ou pas assez appliqué-es, une négation insupportable du professionnalisme des personnels.
Enfin, iels peuvent déléguer au logiciel la charge de la liaison entre l’établissement et les parents : aux familles de consulter Pronote pour connaître les notes, les évènements vie scolaire, les sanctions etc ; aux familles de suivre ! Que l’outil informatique soit socialement excluant n’est pas un sujet.
Un outil au service de la productivité
Pronote est le choix de la hiérarchie : il est puissant pour faire des emplois du temps, pour les modifier, pour faire des groupes ou des sous-groupes.
L e fonctionnement des établissements scolaires n’est plus pensé en partant du facteur humain, mais à l’aune d’une rentabilisation maximale du temps des personnels et des élèves. Les réformes qui ont dynamité le groupe classe, chaînon essentiel de la sociabilité des élèves, la mise en place des groupes de spécialité au lycée, ou des groupes de niveau au collège, sont permises par l’existence de ces outils dans lesquels classes, élèves et personnels ne sont plus que des cases à déplacer sur un écran. Désormais, dans bien des établissements, l’adjoint-e se transforme en vassal-e de Pronote consacrant son temps à un tétris sans fin : vite un prof pour cette classe qui n’a pas cours ; vite une activité pour cet-te enseignant-es dont la classe est en sortie ! Autant d’opportunités d’heures supplémentaires, pédagogiquement inutiles mais financièrement intéressantes pour celleux qui se sont laissé séduire par le pacte Ndiaye/Attal ! Qu’importe si cela participe à la poursuite de la dégradation de nos statuts et de nos conditions de travail.
Un outil de violence éducative et managériale
Chaque jour, plusieurs fois par jour, élèves, parents et personnels doivent s’y connecter pour vérifier l’emploi du temps : changement de salle, changement de groupe, c’est désormais sur Pronote, parfois le jour-même, que l’information est transmise.
Pris dans le jeu des petites cases de couleurs, les chef-fes d’établissement perdent toute considération pour les personnes que ces changements concernent. Un-e enseignant-e peut découvrir le jour même que certains de ses cours ont été déplacés, sans son accord, à des heures où iels n’est pas présent-e dans l’établissement, alors qu’iels a passé du temps à préparer ses cours.
Un-e AESH peut découvrir que les élèves qu’iel devait suivre ont été changé-es, sans qu’iel ait eu l’information pour se préparer en conséquence.
Un-e élève peut se retrouver absent-e parce qu’iel n’a pas consulter à temps sont emploi du temps Pronote. A l’inverse, alors que certaines absences sont prévues à l’avance, notamment les absences liées aux activités syndicales (formation, réunion, HMI), celles-ci sont transmises aux élèves très tardivement, dans l’espoir que les élèves restent bien dans l’établissement et qu’un remplacement de courte durée soit assuré.
Pronote nous oblige à une attention constante : nous, élèves, familles et personnels, devons être connecté-es en permanence. Ceci est d’autant plus hypocrite vis à vis des élèves que le discours ambiant est tout autre : on leur reproche le temps passé sur leur téléphone, tout en ayant recours à des outils qui renforce cette addiction au numérique, y compris pour rajouter devoirs et évaluations qui n’ont pas été annoncées de vive voix. Pour les personnels, les envois sont bloqués à partir d’une certaine heure, donnant l’illusion d’un droit à la déconnexion, inexistant en pratique.
Un outil que nous n’avons pas choisi
Enseignant-es, AED, AESH, familles, élèves, toutes et tous, nous subissons l’utilisation abusive de cet outil, nous sommes acculturé-es aux dérives qu’il permet, nous le laissons transformer nos pratiques. Pourtant, combien d’entre nous, professionnels et usager-es, ont-iels été consulté sur son adoption, puis son maintien dans les établissements ?
SUD Éducation 95 revendique
- la fin du protocole RCD et des PACTES
- la fin des groupes de niveau au collège et de la réforme Blanquer au lycée
- L’obligation de l’accord préalable du personnel pour tout changement d’emploi du temps
- la consultation des personnels et des usagers pour le choix des outils
- l’utilisation de logiciels libre et le développement d’une maintenance publique
- l’application stricte du droit à la déconnexion pour tous les personnels