Stages 4e / 3e et en 2nd : Pour la sécurité des élèves, il est grand temps d’arrêter les frais !

Alors que vendredi 17 avril, un adolescent de 15 ans est décédé percuté par un engin de chantier pendant qu’il effectuait un stage en entreprise dans le Gard, il devient urgent de poser la question des stages en 4e / 3e et en 2nd.

Cette mort tragique fait écho aux cinq autres touchant des mineurs et
ayant eu lieu dans les conditions similaires en 2025. L’école a la responsabilité de garantir la sécurité des élèves et nous devons affirmer que l’entreprise n’est pas un lieu adapté aux enfants.

Un intérêt pédagogique contestable

« Que vous soyez dirigeant d’entreprise, salarié, agent public, indépendant, profession libérale, vous êtes un potentiel passeur d’expérience et de connaissance, révélateur de passions ! »

C’est sur ces belles paroles que le ministère s’adresse aux accueillant·es pour les convaincre d’accepter des stagiaires.

Si l’objectif pour les élèves est officiellement de faciliter l’orientation et l’entrée dans le monde professionnel, on constate bien souvent qu’ils et elles représentent dans certains secteurs une aubaine pour bénéficier d’une main d’œuvre gratuite. Nombre d’élèves rapportent avoir été mis sur des tâches de manutention, de ménage ou autres opérations dont on se demande ce qu’elles peuvent leur apporter. En Lycée pro, les ateliers permettent d’ailleurs de proposer des tâches bien plus complexes et ce dans un environnement pédagogique et sécurisé.

À de rares exceptions, les stages se déroulent par ailleurs souvent dans des secteurs professionnels peu éloignés des CSP des parents. Dans les faits, ils semblent conforter la reproduction sociale pour les plus en difficulté.

Bien sûr, des personnels se démènent pour en faire un réel temps de découverte en faisant jouer leurs contacts et proposer quelques stages à priori plus intéressants1. Mais malgré cela, force est de constater que l’école continue à creuser les inégalités sociales et que ces entreprises ne recrutent pas davantage dans les quartiers de certains territoires ségrégués.

Dans les établissements, on peine également à se défaire de l’idée que le stage serait une opportunité pour travailler les fameuses « compétences sociales ». Trop souvent, on fait comprendre à l’élève qu’au travail, c’est du sérieux et qu’il faut « bien se tenir ». Inconsciemment ou non, cette posture renforce l’idée que la découverte du lieu de travail serait propice à l’apprentissage de l’obéissance et de la soumission que l’école n’aurait pas toujours réussi à inculquer.

Parler du travail devrait être une occasion pour évoquer les questions de production, d’économie, d’écologie, des droits des salarié·es, des questions de santé et de sécurité, des organisations syndicales…

1 quand cela ne se fait pas par le biais d’associations financées par des multinationales en quête d’un nouveau marché

L’entreprise n’est pas adaptée aux enfants

Accueillir des enfants sur un lieu de travail, cela nécessiterait un encadrement, des conditions de sécurité matérielles et une formation qui ne sont actuellement pas proposés.

Beaucoup sont des lieux dangereux et exposent les élèves à de nombreux risques professionnels (exposition à des particules ou produis dangereux, VSST…) et peuvent renforcer les discriminations (racisme, sexisme, validisme).

Loin de prendre en charge ces questions, le gouvernement botte en touche lorsqu’il est interpelé. Il n’a d’ailleurs pas touché au décret Rebsamen de 2015 qui a assoupli la procédure permettant d’affecter un∙e jeune sur des postes interdits aux mineur∙es, remplaçant l’obligation d’une visite de l’inspection du travail par une simple déclaration.

Les risques sont pourtant bien connus, et en premier lieu par les salarié·es qui y sont exposé·es. Alors que les prérogatives et moyens des CHSCT (aujourd’hui F3SCT) ont été réduits et que l’inspection du travail est saignée à blanc, la France continue de battre des records concernant les morts et accidents au travail :

  • En 2024, : 764 morts au travail ont été comptés par l’assurance maladie, principalement dans le privé (le secteur public ne publiant pas de chiffres).
  • 318 accidents sur le trajet
  • + de 1500 accidents du travail par jour

Ces accidents et décès s’inscrivent dans un contexte, celui de la réduction des moyens de contrôle déjà évoquée, mais aussi de celui de l’allongement de la durée du travail, de l’explosion des risques psycho-sociaux ou encore de l’augmentation de la sous-traitance.

Concernant les plus jeunes, une étude de l’INRS précise par ailleurs que l’on peut diviser par deux le nombre d’accidents du travail chez les jeunes travailleurs.euses qui ont reçu au préalable une formation à la santé et à la sécurité au travail.

Réduire les risques au travail c’est possible mais encore faudrait-il commencer par écouter les revendications des travailleur·euses ! 

Marche au pas à l’école, marche au pas à l’armée

Alors que le SNU lancé il y a quelques années a prouvé par les nombreux accidents et actes de maltraitance qui s’y sont déroulés qu’on pouvait faire pire que les stages en entreprise, le gouvernement fait maintenant la promotion des stages dans l’armée. Faisant écho à la propagande guerrière et aux divers réarmements jugés nécessaires par l’Élysée, cette initiative rappelle que pour certain·es, l’école c’est aussi un outil pour insuffler le respect de l’autorité et l’amour de la patrie.

Pour Sud éducation 95, cela va à l’encontre de l’école émancipatrice et coopérative que nous tâchons de construire.

Nous revendiquons :

  • L’abrogation du décret Rebsamen de 2015
  • La fin des stages 4e – 3e et seconde
  • L’élargissement des compétences et le développement des moyens des F3SCT
  • L’intégration des thématiques de droit du travail et de santé et sécurité dans les programmes scolaires
  • La construction d’une école polytechnique et émancipatrice, gratuite, laïque et obligatoire jusqu’à 18 ans