
Déclaration liminaire Sud éducation en Formation santé sécurité au travail (F3SCT) région académique Île-de-France du 17 juin 2026
La date de cette réunion ne pouvait être mieux choisie. Cette nouvelle canicule, arrivée avant même que ne commence l’été, illustre parfaitement l’urgence de la situation. Les températures ressenties dépassent les 40° en cette fin de semaine et pourraient atteindre les 46 ce lundi. Malgré les alertes lancées par les météorologues depuis des années, la perspective d’une accélération du dérèglement climatique a été dans les faits minorée par les pouvoirs publics.
Face à cette augmentation en nombre et en intensité des épisodes caniculaires, il ne devrait pas être nécessaire de dire grand-chose pour argumenter sur la nécessité d’agir dès aujourd’hui. Mais dans les écoles et établissements, la réalité du terrain atteste que le processus d’adaptation n’est même pas entamé.
Alors que l’impact des activités humaines sur le changement climatique n’est plus remis en cause que par quelques individus obnubilés par la religion du profit, ou perdus dans les idéologies d’extrême droite, il semble qu’il faille maintenant lutter pour que soit reconnue une autre responsabilité. Il s’agit de celle des pouvoirs publics et de leur capacité à mettre en œuvre des solutions d’adaptation. C’est bien là du minimum qu’on pourrait en attendre et pas seulement en période d’examens : les annonces du ministre Geffray sont à ce titre insuffisantes et relèvent d’un manque de respect total pour les élèves et les personnels non concerné·es par les examens, et pourtant bien concerné·es aussi par la canicule. Car au-delà de l’adaptation, c’est une modification en profondeur du régime productiviste de nos sociétés qui pourra modifier la trajectoire que nous avons empruntée.
Dans l’éducation, il y a bien des guides et des recommandations qui sont produits par le ministère et occasionnellement, on aménage quelques services à droite à gauche. Si le travail de pédagogie en direction des hiérarchies intermédiaires est important, l’absence de moyens pour la rénovation du bâti ou l’achat de matériel et l’absence de normes contraignantes produit un résultat simple : dans l’immense majorité des écoles et établissements, rien ne se passe. Dans certains établissements, on peut même entendre de la part des directions des phrases comme « il fait chaud, que voulez-vous que j’y fasse ? ». D’autres demandent aux collègues de « maintenir accessibles les salles les plus fraîches » sans préciser ce que cela peut signifier ou d’assurer l’hydratation régulière des élèves, sans bouteilles d’eau, et sans laisser un accès aux toilettes pour « éviter l’anarchie ».
Les données les plus élémentaires ne semblent pas connues. Qu’il s’agisse de la nécessité d’informer les personnels des risques et des réflexes de prévention ou des préconisations de l’INRS concernant les températures. Les écoles et établissements ne sont même pas en mesure de passer le niveau zéro et d’établir des diagnostics sur les conditions de travail durant les canicules: il faudrait au moins pour cela qu’ils disposent malheureux thermomètres.
Parfois, on concède quelques micro avancées: mail d’information, bouteilles d’eau, changements de salles… Mais régulièrement, ces changements de salles sont conditionnées à une demande des collègues alors même qu’il est connu que celles-ci sont impraticables dans certaines conditions. La responsabilité de la protection des personnels et des élèves repose trop souvent sur l’initiative individuelle des collègues plutôt que sur des protocoles clairs. Dans certains cas, le manque d’équipement des salles disponibles incite les collègues à renoncer à formuler ces demandes.
D’un point de vue général, de nombreuses salles se présentent sans ouvrant ou ils sont défectueux. Il en va de même pour les volets (quand il y en a). Beaucoup de collègues n’ont pour seule « protection » que des rideaux installés il y a parfois plusieurs décennies pour gérer la luminosité. Il est pourtant établi que leur effet en cas de forte chaleur peut être tout à fait contre-productif.
Lorsque ce travail de diagnostique d’un établissement est entamé avec plus de précision grâce à l’implication des équipes militantes, on butte alors sur le devenir des constats. On pourrait juger approprié de s’en servir pour mettre à jour le DUERP. Mais lorsque que l’on interroge la hiérarchie sur ce document obligatoire dans le code du travail depuis 25 ans, c’est souvent le silence ou l’incompréhension qui fait office de réponse.
Côté collectivités territoriales, l’absence totale de communication fait souvent norme. Les conseils d’administration des établissements sont désertés par ces dernières et le dialogue avec les représentant·es du personnel est souvent inexistant. Certaines directions sont elle-même bien en peine d’obtenir des réponses lorsqu’elles prennent en main un problème relevant de leur responsabilité.
Pendant ce temps dans les classes et les établissements, les collègues et les élèves suent. Chacun·e essaie de faire au mieux ignorant les signes qui devraient alerter, les élèves sont envoyé·es à l’infirmerie quand il y en a une et ceux qui ont des besoins particuliers sont pris en charge tant bien que mal, sans cadre ni solution claire.
Parfois, des collègues relèvent la tête et se décident à remplir le RSST voire font usage de leur droit de retrait. Là encore, c’est souvent le silence qui sert de réponse aux alertes.
Face à ces constats, on ne peut que se poser cette question: faudra t-il attendre une nouvelle catastrophe comme celle qui fit 15 000 morts en 2003 pour que les pouvoirs publics prennent sérieusement en charge la question du changement climatique ?
D’ici là, rassurons-nous, les fonctionnaires fonctionnent, mais pour combien de temps encore ?