Fermeture d’Inventati /autistici : l’administration Trump anéantit un acteur historique de l’Internet libre en 2 semaines

Le 28 août, la nouvelle était tombée comme un coup de massue sur les milieux militants de l’Internet libre et ouvert : l’administration Trump a déclaré les italien·nes d’Autistici / inventati (A/I) comme organisation terroriste internationale. En cause : la plateforme de blogs Noblogs qui aurait hébergé un collectif antifasciste visé par Trump suite à ses actions de défense des migrant.es. Les conséquences de cette affaire révèlent la fragilité de l’ensemble des organisations européennes, y compris la nôtre.

Un contexte de criminalisation de l’antifascisme

Depuis l’assassinat du fasciste Charlie Kirk, l’administration américaine a désigné ce qu’elle nomme le « mouvement antifa » comme organisation terroriste. Cette grossière manœuvre pour museler l’opposition populaire est l’un des nombreux symptômes de la marche vers un régime autoritaire aux USA. Loin de se limiter à cette mesure, le gouvernement continue sa traque et vise maintenant l’un des acteurs historiques de l’Internet libre.

Cette affaire n’est pas sans rappeler celle de Nicolas Guillou, juge français de la CPI qui avait subit de lourdes sanctions américaines suite à son autorisation du mandat d’arrêt de Benjamin Nétanyahou en 2025.

Autistici/Inventati : un acteur historique

Lancé au début des années 2000, le collectif A/I proposait aux individu·es et collectifs militants des outils de communication respectueux de la vie privée et basés sur le logiciel libre : boîtes et listes mail, blogs, VPN (virtual private network). Comme beaucoup d’autres acteurs pionniers du web, ce collectif défendait des valeurs anti autoritaires, antifascistes et luttait contre la surveillance généralisée des communications.

Fin août, Trump a donc utilisé le prétexte de l’hébergement du blog d’un collectif menant des actions de solidarité avec les migrant·es. pour criminaliser l’hébergeur.

Une méthode : l’intimidation

Cette mesure est d’une grande gravité et il faut en mesurer les effets. Par ce précédent et la méthode utilisée, on peut craindre une normalisation de la censure administrative sur l’entièreté du mouvement social.

La particularité de cette affaire n’est pas tant dans la volonté de censure que dans la méthode. De la publication du classement d’A/I comme organisation terroriste internationale à sa disparition, il n’y a jamais eu la moindre intervention d’un juge. Tout s’est fait sur décision politique. Par la simple démonstration de force, Trump a, en dehors de tout cadre légal, imposé ce caprice à un collectif qui n’était pas américain, ne dépendait pas du droit américain, et disposait de serveurs qui se situaient en dehors du territoire américain.

C’est par une réaction en chaîne extrêmement rapide que le collectif a fini par rendre les armes en moins de deux semaines. La chronologie est simple et elle révèle la forte dépendance du réseau Internet aux États-Unis :

  • Après le classement du collectif comme terroriste, l’organisme américain qui gère les domaines .org a décidé de cesser de rediriger leurs adresses vers le site. Les serveurs avaient beau fonctionner, aucune personne tapant leur adresse URL ne pouvait accéder aux sites.
  • Dans un second temps, Paypal coupe toute transaction en direction d’A/I
  • Acte final : la banque italienne Banca etica, utilisée par le collectif, se couche face à la pression américaine et gèle les comptes du groupe.

Après plus de 25 ans de militantisme et de défense des libertés numériques, l’organisation hébergeant des milliers de boîtes mails et blogs de collectifs militants a dû s’autodissoudre pour protéger ses membres et son entourage. Même si à ce jour la plateforme de blogs a été ressuscitée sous l’adresse nublogs.org, on peut craindre qu’il ne s’agisse là que d’un chant du cygne.

Les outils numériques ne sont pas neutres

S’il y a bien une chose qui devrait attirer l’attention de l’ensemble du mouvement social, c’est l’extrême facilité avec laquelle Trump a annihilé un collectif européen pourtant au fait des enjeux numériques. Le simple fait d’avoir une adresse en .org a suffi pour signer l’arrêt de mort d’A/I. La dépendance financière à des services américains comme Paypal n’a fait que précipiter les choses, jusqu’au gel des comptes par la banque italienne.

Un grand nombre d’organisations européennes pourraient maintenant subir le même sort et ce, sans aucune décision de justice. Notre organisation syndicale est elle-même concernée.

Il est aujourd’hui temps de prendre conscience que les services numériques sont toujours dépendants des lois et des régimes politiques des pays dans lesquels ils se trouvent. Derrière le virtuel, il y a des machines, des modèles politiques et économiques.

Aujourd’hui plus encore qu’hier, les questions de sécurité et d’indépendance numérique doivent figurer au cœur de nos préoccupations organisationnelles, qui plus est dans un contexte où l’extrême droite gagne du terrain en France et en Europe.

Pour nous, il est urgent :

  • de nous réapproprier les savoirs techniques et politiques liés au numérique
  • de défendre, promouvoir et utiliser le logiciel libre.
  • de porter une attention particulière aux outils de communication internes et au chiffrement des données (remplacer Whatsapp par Signal ou Element par exemple)
  • d’abandonner progressivement les outils impérialistes fondés sur la surveillance et la commercialisation des données personnelles (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft). Elles sont toutes soumises à la coopération pleine et entière avec le gouvernement américain.
  • de promouvoir les réseaux libres et décentralisés sur Internet (Mastodon plutôt que X pour ce qui est des réseaux sociaux).
  • de choisir des hébergeurs associatifs comme ouvaton ou des membres de CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires).

Pour davantage d’informations sur l’Internet libre, nous conseillons également les sites de La quadrature du net, de Framasoft et notamment celui de son ancienne campagne https://degooglisons-internet.org/fr/

Celles et ceux qui souhaitent une approche plus technique pourront se référer au Guide d’autodéfense numérique sur https://sindominio.net (ex boum.org).